mardi 20 janvier 2009

L’impossible traçabilité du steak nourri aux OGM?

La traçabilité des animaux nourris aux OGM n’est pas pour demain, selon des chercheurs de l’Inra, qui estiment que les techniques actuelles d’analyses ne permettent pas de détecter la présence d’ADN issus de plantes transgéniques chez ces animaux.

  • A l’heure actuelle la législation européenne rend obligatoire l’étiquetage des produits alimentaires contenant des produits OGM comme le maïs ou le soja. Cependant certains consommateurs souhaitent aussi savoir si le lait qu’ils boivent ou la viande qu’ils mangent sont issus d’animaux nourris ou non avec du maïs transgénique.
  • Les méthodes de détection utilisées pour les autres produits alimentaires peuvent-ils s’appliquer aux animaux nourris aux OGM ? Jusqu’à présent, le passage de séquences d’ADN issues des plantes dans le sang des animaux d’élevage n’avait pas été démontré de façon satisfaisante, explique Yves Bertheau, chercheur à l'Inra (Versailles) et coordinateur du projet de recherche européen Co-Extra consacré à la cohabitation des cultures OGM et conventionnelles et à la traçabilité des OGM.
  • Bertheau et ses collègues ont utilisé des échantillons sanguins prélevés sur deux groupes de vaches élevés dans une ferme expérimentale. Un groupe de vaches a été nourri avec du maïs conventionnel, un autre avec du maïs transgénique Bt176. Pour s’assurer de la validité de leurs résultats, les chercheurs ont traqué à la fois des séquences d’ADN présentes en une seule copie dans le noyau du maïs, comme celle du Bt176, et des séquences présentes en un très grand nombre de copies.
  • Première conclusion : il y a bien passage des séquences génétiques végétales de l’intestin dans le système sanguin. «Des fragments de la taille d’un génome bactérien traverse la muqueuse intestinale», constate Yves Bertheau. Les séquences issues du chloroplaste du maïs (l’organite responsable de la photosynthèse) sont plus nombreuses que les fragments d’ADN du noyau, relève le chercheur. La membrane du chloroplaste protègerait mieux la molécule d’ADN.
  • Quant aux séquences génétiques issus du Bt176, elles n’ont pas été mises en évidence par l’analyse des échantillons sanguins (1). «Elles sont probablement présentes en trop petit nombre pour pouvoir être repérées sur un petit échantillon, commente Yves Bertheau, il faudrait analyser tout le sang de la bête pour les trouver». Concrètement, au lieu de réaliser une amplification d’ADN (technique de PCR) sur un échantillon de sang de 2 ml, il faudrait réaliser 1000 ou 2000 tests similaires pour augmenter d’autant la sensibilité de la technique. «Sachant qu’un test PCR coûte 100 euros, nous n’aurons jamais les moyens de le faire en routine», poursuit Yves Bertheau.
  • En l’état actuel, le consommateur doit donc s’en remettre à une traçabilité administrative et documentaire pour connaître le régime alimentaire de l’animal dont il boit le lait ou mange le steak.
Cécile Dumas Sciences-et-Avenir.com 20/01/09

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