dimanche 18 janvier 2009

Le peuple qui pleure avec les arbres

Nomades, sans droits ni terres, quelques centaines de milliers de Pygmées vivent dans les grandes forêts d’Afrique. Le déboisement massif et la pression des ethnies dominantes menacent leur survie.
Article de Lola Huete Machado El Pais (Espagne)
  • De nombreux Bantous [groupe ethnique majoritaire en Afrique centrale] désignent les Pygmées par l’expression mi Baka [au terme péjoratif de Pygmée, cette population préfère ceux de Baka et de Badgeli]. Ils parlent de ceux – hommes, femmes ou enfants – qu’ils emploient chez eux ou dans les champs, domestiques ou esclaves, ou les deux à la fois. Ils ont à leur service parfois une personne seule, parfois des familles entières.
  • S’ils tombent malades ici et s’ils meurent de cette maladie du cœur dont vous parlez, il vaudrait peut-être mieux qu’ils aillent dans un autre coin de la forêt, suggère quelqu’un à Roméo Ntinty, un Bantou de 42 ans, chef du village d’Ajoameoojh (400 habitants), près de Lomié, dans l’est du Cameroun. Cette proposition le surprend. Entre-temps, quelques membres de la famille Angoula – dont il est question – se sont rassemblés en silence et observent les visiteurs, des journalistes et des employés des antennes camerounaise et espagnole de l’organisation humanitaire Plan international, venus les voir pour étudier leurs conditions de vie.
  • Ntinty refuse catégoriquement de laisser partir la famille Angoula. C’est hors de question, s’indigne-t-il. Pourquoi ? Parce qu’ils travaillent pour moi. Ils sont au service de ma famille depuis des dizaines d’années. Veut-il dire qu’il est leur propriétaire ? Exactement. Avant, ils appartenaient à mon père. Maintenant, ils sont à moi. Pour le confirmer, il écrit dans son cahier les noms des familles qui lui appartiennent : les Wombo, les Ngopka, les Mbelanga.
  • Les Pygmées n’ont aucun droit sur la terre, ils n’ont pas de papiers d’identité et très peu sont scolarisés ; leur état de santé, les conditions d’hygiène dans lesquelles ils vivent et leur alimentation sont précaires, et ils dépendent d’autres ethnies pour subsister, nous avait avertis Denis Tchounkeu, coordinateur de l’association Droits et dignité des Bakas, qui agit ici depuis vingt ans.
  • L’esclavage existe. Mais, même s’il n’existait pas, le fait est que ni l’Etat ni les Bantous ne nous reconnaissent comme citoyens à part entière, nous avait aussi expliqué Lomié Valère Akpakoua, président de l’Association des Bakas (ASBAK), une ONG intégrée au réseau Recherche actions concertées Pygmées (RACOPY), dont l’objectif est d’améliorer la vie de son peuple. Et aujourd’hui, contrairement à ce qui se passait avant, les Bantous et les Pygmées entretiennent des rapports de confrontation. Beaucoup de conflits portent sur les terres. Nous avons besoin de terres pour survivre.
La suite de l'article sur : http://www.infosdelaplanete.org/4973/le-peuple-qui-pleure-avec-les-arbres.html

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